Mardi Gras

Mouahahahahahaha MOUAHAHAHAHAHAHA ahahahahahahahah ah ah ah ah.... !

Et bien voilà, c'était le rire démoniaque, retranscrit de façon très aléatoire par la modernité blogueste.
Bon, voici le topo: samedi de la semaine prochaine, adieu à Daunat, sans atermoimement et pleurs intempestifs, ça serait franchement hypocrite. La rengaine du jour sera plutôt rire, fanfaronnage et accolades d'adieu entre collègue de sandwichs.

Mais trève de jacasseries. Je vais être honnête, pas l'ombre d'une envie de pavé ce soir. Aussi pour votre plus grand plaisir et votre culture daunatienne de base, je vais vous conter les moults péripéties à subir avant de retrouver nos tranches d'emmental.

First of all ( comme vous pouvez le remarquer, ça s'appelle être bilingue en ne connaissant que les expressions du minimum syndical scolaire ), dans le couloir menant à notre royal casier déjà défoncé par les précédents locataires, nous devons prendre une combinaison sur le portant. Galère, galère, des pieds et des mains pour trouver notre taille, sous peine de flotter dans un ensemble encore trop grand pour le Bibendum. Là aussi, on s'acharne à trouver la bonne combinaison, c'est à dire celle où le masque se scratchent bien, dans le cas inverse, c'est masque de chirurgien, ce qui signifie, cocktail de bave et de morve sur le nez pendant 4h. Ou désir furieux de se gratter le visage, ce qui est techniquement et hygiéniquement impossible.

Bon, première étape franchie. Une fois dans lesdits vestiaires, on s'habille. Trois gros pulls de sibériens, trois paires de chaussettes en grosse laine. Mamie, tricote moi du chaud ! Puis enfilage de la combinaison susnommée. Bref, du glamour, et encore du glamour. Notre sex appeal rejoint approche le zéro absolu. Surtout qqu'en prime il nous faut mettre la charlotte protectrice sur le crâne, les surchaussures en plastique d'un bleu criard ressemblant à s'y méprendre à des sacs poubelles, sur les petons.
Bon, on est prêts. Go ahead now.

On sort des vestiaires par l'autre porte, parcourons des méandres labyrinthiques de couloirs et arrivons devant le sas de la zone rouge "Assemblage" là où certains d'entre nous, dont moi, travaillons. A ce moment précis, il faut avoir rabattu le haut de la combinaison sur la tête, couvrant ainsi la charlotte et mis son couvre pif. Escaliers, encore au chaud. Odeur persistante, vomitive de mayonnaise, de thon et d'oeuf. On dirait que ça s'accroche à la peau.

Puis on arrive aux bottes. Ah, grand moment. Combat acharné pour trouver sa taille. Car, si les permanents ont leurs bottes avec leur nom sur leurs portiques, nous nous contentons d'un alignements de gaudillots sans classement de taille, bien que tout est été prévu pour. Ainsi je me suis retrouvé avec du 43, par dépit de ne pas avoir trouvé mon 42. Ou bien avec un 42 de deux bottes de style différents, parce que je n'avais le choix dans le même genre que de deux pieds gauches ( ou droits ). Bon, bon, une fois chaussés comme pour "la gadoue, la gadoue, la gadoue", bain de pieds, pardon de bottes, dans un liquide bleu, du type pastille qu'on met dans la chasse pour colorer l'eau des toilettes, on arrive aux lavabos. Lavage de mains en règle, ready for surgery, mouillage des mains, savonnage durant une minute et rinçage parfait avec séchage réglo sinon, c'est les irritations dans les gants dûes à l'humidité offertent en cadeau bonus.

As a conclusion, les manchettes, le tablier et les gants, tout ça encore dans un magnifique et fort peu discret bleu poubelle.

Après mûre réfléxion, et tentation d'adoption de la positive attitude, je me suis dit qu'à défaut d'avoir un pouvoir de séduction, j'avais le coté fashion avec une grandeur carnavalesque. Admettons au moins, que puisqu'on ne peut utiliser les traits du visage, les expressions de la bouche, il s'agissait de travailler la force de son regard.

Vous pouvez constater à quel point 8h de no man's land spirituel mène à des réfléxions aussi élévées !

NB: Mes excuses, camarade de boulot, pour l'usage de cette photo sans ton autorisation. Entre ton copyright et la clause de confidentialité exigée par Daunat dans nos contrats, je suis acculée à la ruine en frais d'avocats !

# Posté le mercredi 18 juillet 2007 15:03

Modifié le mercredi 25 juillet 2007 14:07

Elmita


Marches de guerre
Et cris de ralliement
Je vous entends
Qui a voulu laisser
Un enfant crier
Déjà deux morts
Viens voir
Décharge de rage et de misère
Sur la terre
Aux milles sanglots
Je suis née sur une terre
Aux milles sanglots
Tu vis, tu attends
Elmita Bella Bella
Ton nom est plus doux que la perle
O
ù coulent les flots et leurs mystères
Q
ui a voulu laisser mon enfant
Porter le poids du temps d'avant
Du temps d'avant
Qui a laissé ?
Oh Elmita
Kim pas lagé.
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# Posté le mardi 10 juillet 2007 11:31

Modifié le mardi 10 juillet 2007 12:32

Toi l'ami que je n'ai jamais eu, si tu vivais encore, ce que nous aurions fait ensemble....

Toi l'ami que je n'ai jamais eu, si tu vivais encore, ce que nous aurions fait ensemble....

Il faut bien que jeunesse se passe. Expression si surannée d'une telle actualité. On la voudrait dans un prodigieux mélange de douceur et de heurts, ce qu'il faut pour que cette période transitoire soit une époque d'expériences et de sentiers parcourus vers la maturité.

La naissance est une petite mort. Pessimisme s'il en est... Tant que nous voyageons au travers du fantasme suave et protecteur de la pensée attendrie de nos futurs parents, que nous ne sommes que des êtres en puissance et non en acte, nous vivons dans une éternité réconfortante. Puis vient le moment de chevaucher vers l'existence prosaïque terrestre. Nos sortons du ventre de notre mère et le compte à rebours démarre. Nous venons à peine de naître et déjà nous vieillissons. L'intemporalité planante de l'infini de la chimère se mue en espace-temps limité, qui possède des jours et de nuits, se calcule en années. Il faut s'en accommoder. Nous voudrions donc notre ère d'Homme jalonnée de décade, de longévité et peut-être de descendance si le désir de perpétuer notre nom et notre patrimoine génétique va poindre.


Il avait 22 ans. Enfin, 4 ans diraient les enfants. Ben oui 2 plus 2 ça fait quatre. On est constamment jeune. Même les vieux constatent avec quelle aisance ils ont parfois l'impression de retrouver leur 20 ans. A la seule différence qu'ils ont atteint un âge où il est admis de mourir. Qui a un beau jour, décrétée la démarcation qui sépare ceux pour qui il est moralement accepté de disparaître, des autres ? Qui déclarent que tels ou tels ne sont pas encore prêts pour dire bonjour aux angelots ? Pour une fois, ce n'est pas l'Homme, disons l'homme surtout, qui s'est mêlé d'y inscrire ses décrets. Soulagement fugace et coupable de la conscience. Dame Nature s'en est chargée elle-même, instaurant une Providence partiale, qui sait être cruelle comme conciliante. Ce que certains prendraient comme intervention du courroux divin, n'est qu'aléas de la vie. Et par définition, injuste. Comme l'inceste est prohibé, il est une loi qui ne devrait jamais être violée: les enfants ne devraient, ne doivent pas mourir avant leurs parents. La souffrance indicible qui jaillit lorsque l'irréparable est commis remet en cause ce pour quoi nous les avons mis au monde. Grandir, s'accomplir, jouir. Et néanmoins, des vieux finissent centenaires et souvent impotents, quand des néophytes de la Vie sont fauchés sans préavis. Nous portons toujours en nous cette suspicion, quand , où, comment, avec qui ?

La question fut tellement posée que sa banalité crisse aux oreilles: si nous avions su que ce jour allait être le dernier, comment aurions nous agit ? Manière comme une autre pour l'Homme de contrer son angoisse de l'inconnu et de l'éternité. Point n'est pourtant besoin d'un Dieu jamais vu jamais entendu, ni d'un Paradis si extatique. La mort est une étape de notre existence, comme l'est notre réalité dans le désir de nos père et mère, comme l'est la vie que nous menons, actuellement, comme l'est la mort, étape suivante de l'exploration, de l'émerveillement, de la contemplation et de l'accueil. Un passage vers d'autres rivages où nous continuerons notre formation d'entité, d'humain, d'esprit, d'âme.

Cependant, la limite a été franchie. Mourir certes, mais pas si vite, pas si opinément, pas avant d'avoir fait son petit bonhomme de chemin en ce monde.
N'oublions pas qu'il nous reste un droit primordial, née du fait que nous sommes doués de raison (sic): notre volonté ou non à accepter, notre volonté ou non à pardonner. Choix intimement personnel que nous n'avons pas à juger.

Il avait 22 ans. On est jeune, on s'amuse, on boit des canons avec les potes, on observe les filles avant de passer à la pratique, on traverse des crises existentielles, des hauts des bas, on se questionne sur notre avenir pas si lointain, on Vit. Jusqu'ici tout va bien. Un soir comme une autre. Sans savoir que le lendemain matin, on aura sauté à pieds joints de l'autre coté de la frontière.
On est jeune, on va en boîte. On est jeune, on se brouille pour tes broutilles. Et parce qu'on est jeune, des bagatelles lourdes de sens, plus ou moins machistes, sur ce que l'on pense nous appartenir de droits, comme les femmes, les bagnoles, l'argent, tant d'autres choses encore... Mais justement parce qu'on est jeune, on est prompts à la réconciliation. Ainsi qu'à la rechute.
Où va se placer la fierté virile ? Ce n'est pas une nouveauté, la fait que le levier de vitesse soit le prolongement pénien. Seulement, l'immaturité de la réaction nous frappe toujours de plein fouet. En quoi est-ce gênant qu'un automobiliste vous double ? Non, non, je m'égare, car je suis toujours troublée par la véritable question: Pourquoi la mécanique est ainsi investie de notre valeur comme si la taille de la carrosserie ou la sportivité de notre conduite déterminaient notre puissance ? Joujou sexuel dans le fond. Pourquoi poser en affront la décision d'une personne de vous dépasser parce qu'elle trouve que vous roulez lentement ? Doubler, se faire doubler, action si anodine que même ouvrir une boîte de conserve nous semble plus évènementiel. La naïveté de croire que la voiture est l'allégorie de notre mérite, le tout exacerbé par l'alcool.

La Sécurité Routière peut être satisfaite. Aucun des passagers des deux voitures n'est mort d'un accident de la route causé par un taux d'alcoolémie frôlant dangereusement le kilo par litre de sang. Je ne compte pas vous faire ici un réquisitoire en faveur des ligues anti-alcool, anti-tabac, des AA, ou je ne sais quoi encore. J'ai bu, je fume. Le tout est une question de modération. On peut trop aimer, trop détester , trop manger, trop boire, trop dormir. Un fois, ça passe, deux fois... On commence à jouer avec le feu. L'excès n'est jamais bon. Tout se paye. Le souci est que certains trinquent pour les autres.

L'alcool ne tue pas qu'au volant. Nous connaissons l'alcool niais qui fait rire pour tout et n'importe quoi, l'alcool qui endort, et celui qui rend mauvais. Dernière option qu'il n'a pas choisi. Démarrage au quart de tout une fois passé devant, piqué au vif de s'être fait dépassés, filature... La pègre n'aurait pas fait mieux. Vous vous les imaginez, les trois premiers qui scandent comme la vache meuglent : « vas-y allez, ouais, vas-y ! », quand le quatrième sort sont cran d'arrêt ? On voudrait voir ça réservé aux faubourgs obscurs d'un quartier mal famé avec hallucination de Jack the Ripper en prime. C'est pourtant ainsi que ça c'est passé. Fascination de la limite subitement si proche. Jouissance sadique et morbide sans doute, de posséder dans ses mains le pouvoir de retirer la mort, quand donner la vie prend du temps .

Quatre faucons qui lui sont tombé dessus avec l'excitation aveugle de l'ivresse qui leur donne la rapacité de vautour affamés. « Vas-y ! ». C'est fait. Égorgé comme un mouton à l'abattoir. Stupeur et tremblements.

Il avait 22 ans. Il, c'était Michel. Son prénom est une part intégrante de son identité. Celle que lui ont niée ces agresseurs. Je ne connais ni leurs noms ni leur âge. Et même si ça avait été le cas, j'aurais délibérément choisi de ne pas leur nommer. Ça aurait été leur faire une faveur. Car ils ont manquée une étape, que n'importe quel Homme sensé sait: un véritable ennemi, on le respecte. On lui accorde une mort digne de sa valeur et de son existence. On le tue de sang froid certes, mais on le regarde dans les yeux. L'indifférence est la marque du mépris. Et je les méprise parce qu'ils ne mérite en aucun cas une quelconque reconnaissance. Aimer ou haïr, au fond, c'est semblable, un sentiment passionné, qui prouve que la personne a un intérêt pour nous. C'est-à-dire qu'elle compte. Les abhorrer seraient déjà leur faire une fleur. Pour 20 ans ou perpette. Largement le temps de torturer le peu de conscience qu'ils possèdent en bousillant leur vie aussi brutalement qu'ils ont supprimé la sienne. Largement le temps de cogiter dans leur 9m². Parce que leur accorder l'hégémonie dans les sujets de conversations, dans nos pensées, c'est oublier la mission, si je puis m'exprimer ainsi, que sa disparition à fait surgir: honorer sa mémoire.
J'ai toujours pensé que la façon dont les gens disparaissait n'avait que peu d'importance. Ce qui importe, c'est qu'ils aient vécu, c'est-ce qu'ils ont vécu. Des joies et des peines qu'ils ont traversées et apportées, des victoires qu'ils ont accomplies, de la place qu'ils ont eu à nos cotés, de leur maturation si touchante, de la fierté qu'ils nous procuraient de les voir si indépendants, du trouble qu'ils créaient de les constater si à notre image et si uniques.


Ne résumons pas Michel à sa fin, tragique fut-elle. Perpétuons sa mémoire par tous ces souvenirs, vivaces ou confus, qu'ils a laissé. Il y a deux morts, qui n'en font qu'une véritable. Un jour nous cessons de respirer, nous décédons physiquement. Tant que l'âme est toujours portée par ceux qui l'ont aimée, point de mort. L'immatériel est aussi intemporel que le rêve que nous étions avant notre naissance. Seul le tangible se putréfie, retourne à la poussière comme lorsqu'il naquit. Un trépas, une éclosion, immuable recommencement qui permet de pérenniser la trace de notre passage ici bas.

Fratrie, amis, rappelons nous que l'énergie de vie qui sourd en nous est suffisante pour porter celle des autres.

Fratrie, amis, nous possédons, la chance, peut-être à double tranchant, d'être encore présent dans ce monde, n'oublions pas de respecter le souvenir de ceux qui l'ont partagé à nos cotés.


A Michel.

# Posté le lundi 09 juillet 2007 11:59

Modifié le dimanche 15 juillet 2007 03:51

Le travail rend libre (sic !)

Le travail rend libre (sic !)

Ce qui fait le talent d'un artiste, c'est le coté indémodable de son oeuvre. Regardez Chaplin, ses fables sociales sont toujours d'actualité. Terriblement d'actualité. Hélas d'actualité.
D'une maniè
re ou d'une autre, tant que ce système se pérénnisera, il y a peu de chance qu'un jour, ses films relatent un passé révolu.

Cela fait maintenant deux semaines que je suis chez Daunat. Huit heures par jour à tuer le temps, lui trouver un intérêt. En soi, je me dis que c'est d'autant plus idiot que ce qui est fabriqué est d'un inutile flagrant. Oui, ça peut paraître insensé, mais si j'avais été prise dans une fabrique de jouets, je me dirais au moins que ce que j'ai servi à créer rendra heureux un môme, quelque part. Et là, de part l'organisation du travail, oscillant du taylorisme le plus abrutissant au fordisme le plus exténuant, mais aussi à travers le produit en lui même, nous nous retrouvons dans le capitalisme le plus triomphant. Où en est notre société pour avoir à ce point perdu la notion du goût et trouver ses sandwichs coméstibles ? Où en est-elle pour que les gens ne soient même plus foutu de prendre cinq minutes afin de se faire eux même leur encas ?

Cependant peu importe, on ne me demande pas de disserter sur ces éponges, mais de les assembler. C'est incroyable le nombre de gens impliqués pour les faire. Deux pour le jambon, deux pour les tomates, deux pour le fromage, deux pour les cornichons, deux pour, deux pour... On est là, devant de la nourriture industrielle congeler, glaçant les doigts, luttant pour conserver la cadence.
Inouï, enfin plutôt effarant à
vrai dire, comme nous en venons à faire prendre une importance cruciale à ce qui semble au quotidien dérisoire. Il vaut mieux être au fromage qu'au jambon, parce que ce dernier colle et c'est un effort de galérien pour séparer les tranches, les mettre, tout en ne perdant pas le rythme. Le moindre geste est étudié et chaque compliquation minime prend des allures de menace nationale.

A
contrario, nous ne cherchons pas à baisser la cadence. Ca évite de penser. Et c'est une question de survie. Ne pas penser, ne pas cogiter. Se laisser envahir par la nécessité du boulot qu'il faut accomplir. On ne compte plus le nombre de pains qui passent, un deux mille dans le meilleurs des cas, parfois le quadruple. Ca a le mérite de nous mettre dans l'urgence, cet état d'esprit qui oblige à une concentration exclusive sur l'action. La façon la plus efficace de ne pas regarder la pendule. Il y en a deux, une de chaque coté, où que l'on soit, on l'a forcément devant les, ne pas lever la tête, ne pas lever la tête.... Désillusion, déséspoir. Daunat doit vivre sur un autre fuseau horaire, celui où le temps s'étire indéfiniment. Être pris par la vitesse du travail permet de passer le temps plus vite, d'éviter de déséspérer de finir sa vie ici, qu'on fait un boulot d'imbécile. On ne nous demande aucune qualificiation, aucun savoir faire. Daunat s'en fout de nos qualités intrinsèques, comme il s'en fout de nos diplômes. Faire un sandwich est donné à tout le monde. La mort de la créativité et de la polyvalence de l'Homme dans toute sa splendeur. L'Aliénation. L'usine est l'aliénation. On se retrouve enchaîné à une ligne qui se moque bien de qui nous sommes. Nous sommes interchangeables, car nous ne pouvons pas développer nos atouts qui nous rendraient indispensables et recherchés. Nous devenons des anonymes, d'autant plus que nous portons une énorme combinaison blanche, qui nous rend identiques, seuls les yeux émergent comme signe d'identité. Comme dit un ami, là bas, le port du voile est obligatoire. Un voile certe présent pour des raisons purement hygiénique, mais qui contribue à nous anonymer. L'Homme est un être doué de raison, néanmoins, ici, nous nous devons de n'être que des être doués de mouvements.

Qu
e fait alors l'humain quand il se voit ainsi nié en tant que cérébré ? Il tente de récuper, par tous les moyens, un semblant de pouvoir, celui qui donne le sentiment de maîtriser la situation, donc de devoir penser. Voyez vous, chez Daunat, comme partout, il y a une hiérarchie. Les simple ouvriers, nous, les chefs de lignes, les chefs de secteurs, les chefs de chefs, le directeur. Simple comme bonjour. En soi, les chefs de ligne n'ont pas d'autorité concrète. Ils appliquent les ordres donnés par les chefs tout court, et sont surtout chargés de nous ravitailler en provision, de dire que la série est finie et à la rigueur de nous placer en cas de besoin si quelqu'un manque à une place. Mais c'est un début. Tout le monde sait qu'une once de pouvoir suffit pour croire posséder le monde. Si ils restent correct avec les permanents, certaines chefs de lignes jouent les Attila avec les petits intérimaires ou les nigauds novices que nous représentons en tant qu'étudiants. Place toi là et démerde toi, c'est un peu ça pour résumer. Ensuite, on nous fait froidement remarquer qu'on n'est bon à rien puisqu'on ne tient pas la cadence, malgré le fait avéré que c'est notre première journée. Plus tard, le ton ne monte pas, il s'endurcit. Mettez Médor à notre place, vous aurez une idée. Le plus dur est alors de ne pas le prendre personnellement, à coeur. Nous ne SAVONS pas, ce n'est pas en quelques heures que nous allons apprendre ce que font depuis des années les embauchés. De même, ne pas être foutu de mettre correctement un oeuf en barre (si si ça existe) sur du jambon ne remet pas en cause notre valeur profonde. Puis c'est l'alcalmie, on finit par faire partie du paysage. Tant mieux, pour le coup, on aime se fondre dans la masse et se faire oublier. Nos douleurs par ci par là nous occupent déjà suffisamment, pas non plus envie de gérer les apprentis tyrans.
Il n'y a
ainsi pas que déménageur qui fassent transpirer, sauf que effectivement nous ne transpirons pas vu la température ambiante. On développe les pathologies de ceux qui restent huit heures debout et font des milliers de fois le même mouvement de bras et de mains. Lumbago, tendinite, torticoli, douleurs articulaires, nous entrons fringants, nous ressortons bossus. Conduire est alors une épreuve de force pour ne pas devenir un danger public, étant donné la fatigue, les pieds gelés qui ne sentent pas les pédales. Pour les insomniaques, c'est pratique, vous êtes tellement épuisé que vous dormez éveillé. Là encore, une de mes nouvelles découvertes. A un moment où la cadence suivait son chemin depuis un certain temps, je me suis surprise à réaliser que je continuais mes gestes mais que le trou noir était devant mes yeux, mon cerveau comme en état de veille. Expérience plutôt effrayant à vrai dire. Mais pour revenir à mes moutons, nous sommes tellement fatigués que le lit est l'unique objectif quand vous franchissez la porte de votre domicile. Manger ? Il faut bouger. Se laver ? Bah, il va falloir se mettre nu, se mouvoir, se sécher, non, non, hors de notre portée énergétique. Dormir, se lover dans des draps douillets. Même pas dans les bras de votre conjoint. Là je parle bien des oreillers. Le travail tue le sexe. Faire l'amour est justement idéal pour se détendre, mais il devient la dernière de vos envies. Ou bien dans la passivité la plus totale. Il n'y a donc pas que les hormones qui influent sur la libido, le travail aussi. Ahhhhhhh Satan, toi système capitaliste, tu pénètres insidieusement dans notre vie privée !! Arrière !
Moment d'humour ( !
) mis à part, on s'habitue. C'est une de nos étonnantes facultés, nous nous adaptons. Et comme nous nous habituons au rythme, nous nous habituons à la fatigue, au stress. Puisque qu'au bout du compte, nous savons le manier à mesure que nous le pratiquons. La douleur aboutit en rite initiatique qu'il faut traverser la tête haute, pour prétendre faire partie intégrante de l'équipe. Mais je ne sais pas, au fond, je ne sais pas si j'ai envie de faire comme tout le monde, d'encaisser sans me plaindre. L'Homme à le droit de se plaindre. Mais surtout, il en a la nécessité.

# Posté le dimanche 01 juillet 2007 14:02

Modifié le dimanche 15 juillet 2007 03:51

Petite chronique de la vie quotidienne: les écoliers, tous niveaux.

Petite chronique de la vie quotidienne: les écoliers, tous niveaux.

Chaque genre, que ce soit la classe sociale, la catégorie professionnelle, le style de loisirs, la religion, la tranche d'âge, ou encore les affinités amoureuses, possède son objet comme flambeau emblématique de "l'espèce" à laquelle il appartient.

Auj
ourd'hui, sans doute prise par une ferveur nostalgique après avoir revu ma trousse dans mes cartons de déménagement, nous allons nous pencher sur l'hypermarché portatif que représente pour l'élève sa trousse.

Certes, un
e trousse est avant tout constituée de stylos. Un étudiant se rend en cours, il a donc besoin en priorité de crayons pas de baguettes à sushis. Mais n'oublions pas que le crayon à lui seul permet de se constituer un signe distinctif dans la classe. En effet, pour les fashionatas, le but est d'avoir le dernier plume design plutôt que le reynolds classique. Il s'agit de montrer son appartenance à ceux qui savent, autrement dit, à ceux qui détiennent les clés de la mode, du bon goût et de chic inné. Mais de la même manière, posséder un arsenal de pointes à encre toutes plus stylées les unes que les autres peut revenir aux pouffes qui pourtant ne réussissent pas à aligner plus de deux notes au dessus de la moyenne et qui pourtant continuent à remplis leur trousses qui devient vite des valises à ce rythme. On ne sait jamais, plus on aurait de stylos plus ceux ci seraient susceptibles d'apprendre nos leçons à notre place. Et là encore posséder plus de stylos que la classe réunie peut simplement être l'envie d'essayer plusieurs plumes quand notre écriture peine à trouver celle qui nous correspond ou quand on apprécie simplement le changement. A contrario, l'élève réservé, qu'il soit premier de la classe ou qu'il rencontre des difficultés, possède souvent les quatres crayons élémentaires, ni plus ni moins: le plume bleu, le rouge, le vert et le noir. La simplicité fait l'efficacité. Telle est leur devise.

Continuons. Bon, en dehors de tous les instruments de torture dont vous soupçonnez l'existence, c'est à dire compas, gommes, taille crayon, effaceurs dont l'odeur ferait tomber les mouches, et ainsi de suite, la trousse n'arrête pas ici sa fonction de fournisseur exclusif et omnipotent capable de nous procurer LA chose idoine à un moment précis. Une trousse est un Carrefour en puissance. Dont la primeure tendance est de se transformer insidieusement en vanity. Oui, les cours, c'est long vous savez, et il faut impérativement assurer devant les mâles ténébreux et boutonneux de la récré ou de la classe. Donc corps impeccable. Du moins en apparence. Rouge à lèvre type gloss, lime à ongles, rimmel, mascara, les toilettes deviennent ainsi un institut de beauté le temps d'un quart d'heure, quand la trousse permet de transporter le matériel à moindre coût d'espace. Comme quoi, même les djeuns savent parfaitement pratiquer les contingences de la logistique.

Autre besoin crucial du jeune, celui de manger. Le cerveau à lui tout seul, monopolise 20% des besoins en énergie. Alors imaginez quand il s'agit de penser affalé sur sa chaise en écoutant d'une oreille innatentive le prof. A cet escient, la trousse autorise le rangement de la ration de survie. Plus ou moins diététique. Mais les jeunes ne connaissent que peu ou prou la bonne vieille pomme coupe faim. Aussi, on trouve tout un panel de barres chocolatées, et sucrées. De gâteaux en tous genre, Pépito ou Prince de Lu, enfin, de la bonne grosse merde industrielle, remplie de surcres raffinnés, donc à très mauvais apports énergétique mais à fort apport calorique, du blé que l'on vante complet mais qui s'il n'est pas bio, est rempli en intégralité des pesticides. Bref, l'horreur absolue. Et on fait des campagnes contre l'obésité.... Enfin, il faut bien tenir le coup, disent-il comme s'ils n'avaient pas mangé depuis trois jours. Compassion, où es tu ?

Autre élément souvent présent, mais la plupart du temps réservé à la gent féminine, le Labello, bon qui se décline sous toutes les marques bien sûr. Au cas où l'hiver mettraient en danger l'hydratation de l'épiderme labial. Ceci étant il s'agit également de présenter des lèvres ô combien douces et pulpeuses à son dulciné, qui n'apprécie pas vraiment et on le comprend le coté ruban adhésif du gloss qui a la mauvaise particularité d'être plus gras qu'une plaquette de beurre. La donzelle accomplit possède donc les deux, l'un pour le paraître, l'autre pour la pratique.

J'allais oublier un principe primordial. Il ne s'agit pas d'avoir seulement une trousse de nos jours. Depuis la banalisation du portable, il est aussi nécessaire d'avoir une large trousse englobante, pour mettre sa machine à onde, et ainsi pouvoir en toute tranquillité téléphoner, textoter, enfin joindre la civilisation du fin fond de la grotte qu'est l'établissement scolaire, tout en ayant innocemment l'air de chercher un crayon. Que de ruses, plus ou moins démasquées par les enseignants qui doivent se faire Superman.

Enfin, dans
le quasi universellement partagé, la réserve monétaire. Pas des millions bien sûr, mais les quelques euros et centimes indispensables au café dans l'aquarium du coin, puisqu'on nous a retiré nos machines à expressos ( paix à leur âme ). Ou encore, une petite cochonnerie à la sortie des cours ou le repas de midi pour ceux qui ne veulent pas de la bouillie aseptisée de la cantine.
Il est
, bien entendu, encore moults détails existants, chacun mettant dans sa trousse, ce qui lui semble subjectivement fondamental, le gri-gri, les petits mots véhiculés pour la potesse de l'autre coté de la salle, et ainsi de suite... La trousse est en un certain sens le reflet partiel de la personnalité. Tout comme le type de portable va le révéler, le fait qu'on se maquille ou non... Tout peut prêter à suggestion.

Mais surto
ut, ce contenu évolue dans le temps, en fonction du progrès et des innovations ( voyons le lecteur mp3 ), ou encore des "besoins", quoique ceux ci soit avant tout du superflu. Nos besoins nous les créons...
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# Posté le dimanche 24 juin 2007 04:07

Modifié le dimanche 15 juillet 2007 03:51